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 Lettre à l'inconnu(e)

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Ashes
Amene d'autres pierres...
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GEU : 10/07/2013
Date d'inscription : 25/07/2013

MessageSujet: Lettre à l'inconnu(e)   Ven 9 Aoû - 20:25

Bonjour à toutes. Ne m'en veuillez pas si la forme ou le fond vous paraissent bizarre, s'il y a des fautes ou autres: j'ai jeté ça sur un document word et ne veux pas me relire de peur de me censurer.

Puisse mon témoignage rester dans un coin pour que je ne l'oublie jamais. Et peut-être être un écho à certaines.





Je ne t’ai pas rencontré, et ne te rencontrerai jamais. Tu t’es invité, discret, anonyme, sans trouver ta place, et tu es parti en laissant une trace dans mon corps et ma tête.

Je dois te l’avouer, je ne t’ai pas voulu. Tu étais le fruit de mon erreur. C’était en tout cas ce que j’ai pensé avant de te voir, parce qu’à l’instant où ton image s’est dessinée tu es devenu un fruit tout court ; et je suis devenue ton arbre. Le fruit est tombé, je resterai arbre, à vie. Ne l’envisage pas autrement, refuse de penser à oublier.

Je suis devenue un arbre un peu cassé, un peu bancal sur ses racines. Avant que le printemps ne revienne (si jamais un jour il revient) il faut que je consolide mes racines, et pour ça que j’accepte mon passé.

Avant de revenir à ta courte vie, laisse-moi te raconter la mienne. Laisse-moi te raconter comment j’ai été, d’aussi loin que je me souvienne, la mère de mes parents (un poil trop immature, un tantinet trop dépensiers, des « adulescents » qu’il fallait surveiller, gronder, rassurer). Comment j’ai sans doute raté mon adolescence à force d’être trop sage. Comment s’est créé progressivement un handicap socio-affectif…

Oui, tu m’as surprise en pleine crise d’adolescence tardive, petite bulle. A force d’être trop sage, à force d’être celle sur quelle on peut se reposer, j’ai oublié de faire des bêtises. J’ai oublié de sortir, de faire des expériences, même sans lendemain.

Oh je ne suis pas restée une sainte, mais mes amours ne se comptent même pas sur les doigts d’une main. Il faut dire aussi que tout ce qui avait un chromosome Y était passé au crible par un paternel un peu trop possessif. Je t’entends d’ici : « c’est le cas de tous les papas du monde ! ». Oui, certes. N’empêche, même majeure et vaccinée j’étais incapable de risquer de tomber du piédestal où on m’avait installée. Si en plus tu ajoutes le fait que j’ai un manque de confiance en moi de 200 sur une échelle de 1 à 10, tu comprendras que, n’aurait-ce été le hasard des rencontres, je serais à cette heure prête à être bonne sœur…

Des rencontres il y en a eu, avec des garçons qui resteront pour toujours chers à mon coeur. Et puis il y a eu surtout une belle rencontre à laquelle rien ne me préparait : une femme.
Si tu étais né, je t’aurais expliqué que pour moi l’amour est suffisamment aveugle pour qu’il ne s’intéresse pas à la couleur des cheveux, à la couleur de la peau, à l’accent, à la religion, ou même aux chromosomes.

Bien sûr ce n’est pas simple de choisir de tenter ce genre d’histoire… Mais je n’ai pas hésité bien longtemps, en me disant que si quelque chose de beau doit arriver dans une vie, autant s’en saisir même si cela ne dure pas.
Ça a duré ; ça dure encore en fait. 10 ans d’amour, de tendresse, de rencontre de son autre moitié.

Sauf que lorsqu’on ne vit pas son adolescence, on a parfois du mal à savoir qui on est vraiment. J’ai eu des doutes, des envies… Vite bâillonnées, ces envies, dans le tréfonds de mon esprit : la fidélité je l’écrivais avec un grand F ! J’étais la première à critiquer ceux qui allait voir ailleurs, à les juger.

Comme j’aimerais aujourd’hui avoir tenu ma langue et mon jugement trop rapide. Dieu qu’on est bête quand on n’a pas vécu…

Bien sûr j’aurais pu éviter cette voie-là… mais je l’ai prise au détour d’une rencontre. Une partie de moi a regretté. Une autre non. C’était à la fois un commencement et une fin. Appelez-moi Janus (ou schizophrène, au choix).

Une partie de moi voulait oublier. Une partie de moi y pensait encore.

Une partie de moi t’a voulu. Une partie de moi t’a refusé.

Petite bulle, quand tu es apparue une partie de moi t’attendait déjà… Une autre me criait qu’il était impossible de te garder sauf à se confronter à la réalité : en parler à ton « papa », en parler à ma compagne.

Je me revois encore dans cette salle d’attente d’hôpital, dont il me semble connaître le moindre recoin, pleurer parce que tu étais là et que cela signifiait la fin de mon mensonge. Pleurer parce que j’avais le choix de te garder, ce qui signifiait faire mal à quelqu’un que j’aimais en avouant que je l’avais trahi, ou de te faire partir. Pleurer parce que je ne savais pas comment annoncer la nouvelle à mon complice d’une nuit.

Je me revois aussi, deux heures plus tard, pleurer parce qu’on m’avait retiré le choix de t’accueillir.

Là encore Janus a parlé : en même temps j’ai été, un instant, soulagée que le choix se fasse pour moi. Comme si tu avais décidé que finalement, je n’étais pas encore prête mais que tu voulais me donner un grand coup de pied au derrière en me rappelant qu’il était peut-être temps de m’intéresser à l’avenir.

Mais quand je suis rentrée chez moi avec ton image, cette photo de petite bulle bien au chaud où il ne fallait pas, imaginer le produit chimique attaquer tes cellules m’a fait mal.

Tu as résisté à cela. Petite bulle entêtée (tu aurais été un vrai bélier, tiens…) tu as décidé que, puisque j’avais réussi à passer sous silence ce passage aux urgences et cette injection en prétextant un kyste ovarien, tu allais me secouer les puces.

Tu n’étais pas pour autant obligée de me secouer la trompe… Mais je ne t’en veux pas.

Je ne peux pas t’en vouloir. Enfin si, d’une chose : de ne pas avoir encore plus forcé le destin et trouvé ton nid. Parce que j’aurais aimé te rencontrer et t'abriter sous mes branches.
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